Mon expérience de femme en Inde

Posted by Rachel Guimbaud | Inde | Jeudi 5 mars 2009 8 h 40 min

Comment ne pas clôturer cette première partie du voyage sans parler de ma propre expérience de femme en Inde?

J’avais pris pour habitude depuis mon premier voyage en Inde de m’habiller façon locale. Je pouvais alors me fondre dans la population, je paraissais indienne. Le voyage me semblait plus simple comme cela. J’étais à l’abri de l’insistance des rabatteurs et des regards curieux des indiens dès qu’ils voient une personne occidentale, je bénéficiais parfois des tarifs locaux jusqu’à ce qu’ils entendent mon accent anglais…

RachelDeux ans et demi après, ce jeu ne marche plus. Peut être à cause de mes cheveux longs et bouclés, de mon regard de plus en plus curieux et attentif ? Malgrès mes habits indiens, je suis démasquée. Pire, je suis démasquée péjorativement comme « l’occidentale qui se la joue indienne « ! Ce que je pensais véhiculer comme une marque de respect pour leur culture n’est en fait perçu que comme une étrange intrusion : j’ai alors subi la drague incessante des hommes qui s’imaginent que je n’attends que d’essayer le kama sutra, le regards dévisageant des femmes qui s’interrogent sur ma réelle identité et davantage de surprises se manifestent lorsque je sors ma caméra. Je suis face à un conflit identitaire…. Le quotidien est plus simple à vivre pour les autres occidentales que je croise depuis mon arrivée.

Je me remets alors en question : Qui suis-je ? Pourquoi suis-je la ? Quelle attitude adopter ?

Puis j’ai trouvé : je suis française avant tout, mes origines indiennes ne doivent pas prendre les devants, je suis ici pour un travail documentaire et je n’ai pas d’autre rôle à jouer. Suite à cette désastreuse expérience des premiers jours, j’ai vite filé dans une de ces boutiques pour touristes à quelques heures de route d’ici où je me suis achetée quelques vêtements plus occidentaux (voir photo). Cette expérience a été fâcheuse mais m’a aidé à mieux assumer mon rôle de « reporter » et donc d’observatrice. Je suis désormais plus à l’aise dans l’action de mon travail et plus claire dans mon approche avec les gens.

Je reste tout de même lourdement regardée par les femmes indiennes dans la rue sans pouvoir l’expliquer. Alors je leur souris avec complicité, comme si je savais déjà qu’elles s’interrogeaient sur mon compte. Elles sourient alors a leur tour, voire rigolent et me disent boujour : « Hi ! Hi! » . J’aime alors vivre ces échanges bref de femme à femme de deux cultures différentes, finalement pas si loin les unes des autres.

J’ai aussi été inévitablement confrontée à la difficulté de s’intégrer le plus discrètement possible dans cette culture où les codes sociaux entre les hommes et les femmes sont rigides et compliqués. En tant que femme et femme occidentale, il faut être vigilante avec les amitiés que l’on peut nouer avec un homme et d’autant plus s’il est indien. On véhicule alors rapidement une image dévalorisante de femme facile. Les indiens s’imaginent qu’une relation, bien qu’amicale, entre un homme et une femme est inévitablement sexuelle. Il est aussi de notre responsabilité de ne pas  véhiculer  une image de la femme occidentale si souvent dénudée dans les médias, seul lien avec l’occident.  Heureusement que mon projet s’intéresse aux femmes, j’aurais eu de nombreux problèmes à enquêter auprès des hommes ! Du coup, j’apprends à être moins naïve et plus attentive aux moeurs jusqu’à trouver un juste équilibre dans ma manière d’approcher les gens sans me faire du tord par les « on-dit » des villageois, car bien sûr je sollicite aussi les hommes pour enrichir ce projet sur les femmes.

Le système de castes est bien sûr un facteur qu’il faut prendre en compte pour bien comprendre la société indienne. Les étrangers sont considérés comme des « hors castes ». J’ai de ce fait rencontré des personnes qui refusaient de me toucher de part mon statut inférieur au leur. Inversement, les caste inférieures, dont les « intouchables » s’amusent souvent à pouvoir nous toucher.

Les femmes et la spiritualité

Posted by Rachel Guimbaud | Inde | Lundi 2 mars 2009 15 h 31 min

femme qui prie

Pour étudier la question de la place des femmes dans la spiritualité, je me suis arrêtée dans certains des sites les plus sacrés en Inde : Hardwar, Rishikesh, Varanasi. J’y ai visité des églises chrétiennes, des temples hindous, des mosquées, des temples bouddhistes, des temples jains, des temples sicks.

C’est incroyable de voir autant de religions s’exprimer dans une même ville. La mixité est une vraie richesse. On peut alors puiser dans cette atmosphère le tronc commun de toutes les religions : l’Amour, la joie, le partage. La cohabitation est parfois compliquée mais cet aspect reste discret sous nos yeux d’étranger. J’ai tout de même vu des musulmans se faire interdire l’entrée d’un temple hindou, j’ai vu l’inverse aussi. Certaines personnes m’ont vante les qualités de leur communauté à l’encontre des autres. J’ai eu peine à écouter ces discours qui dénigrent les autres religions en faveur d’une autre, balayant ainsi mes impressions d’harmonie dans cette mixité religieuse.

Les femmes indiennes sont présentent sur tous ces sites sacrés, dans les séminaires, les retraites spirituelles aussi. Elles sont parfois même plus nombreuses que les hommes. J’ai rencontré des gourous (maitre spirituel) hommes mais il existe aussi des gourous femmes comme Ma Ananda Mayee ou Amritananda Mayee(Amma). Toutefois, si les femmes indiennes sont toutes aussi présentent dans les temples que les hommes, elles sont moins présentent dans les ashrams ou l’on y séjourne quelques semaines pour une pratique intense de la spiritualité (méditations, prières). On y trouve plus particulièrement des femmes occidentales. Pourquoi ne prennent-elles pas ce temps ?

une mere de famille avec ses enfants

Les femmes indiennes ont une approche différente de la spiritualité.

Les femmes sont considérées comme des vierges puis des mères. Elles rendent grâce à Dieu en s’adonnant à leur famille, en lui offrant tout leur Amour, c’est une pratique de la spiritualité au quotidien. Elles n’ont pas besoin d’être swami (moine) pour avoir une vie spirituelle. Elles honorent leur mari comme elles honorent Dieu. Une jeune indienne m’a dit :  » husband is like God » (le mari est comme Dieu).

Tout de même, notons une difficulté d’intégration pour les femmes religieuses. Les femmes brahmanes sont  en effet peu nombreuses à pouvoir animer elles-mêmes les pujas (prière dans les temples). Ma Ananda Mayee, en tant que Femme Sainte, a permis à certaines femmes brahmanes d’animer les pujas, ce qui déjà fut révolutionnaire dans le système indien traditionnel. Ma n’était pas une femme révolutionnaire. Elle a été elle-même mariée comme la tradition le voulait et à l’age de 13 ans. Elle a fait bouger les traditions par la simple manifestation du Divin dans un corps de femme, souvent si diabolisée.

J’ai entendu plusieurs fois cette histoire de Jésus face à une femme accusée d’adultère (dans les évangiles, chapitre 8 – Jésus et la femme adultère par Jean), la voici résumée :

« – Maître, cette femme a été surprise en flagrant délit d’adultère. Moïse, dans la loi, nous a ordonné de lapider de telles femmes : toi donc, que dis-tu ? »

Ils disaient cela pour l’éprouver, afin de pouvoir l’accuser. Mais Jésus leur dit :

« – Que celui de vous qui est sans péchés jette le premier la pierre contre elle. »

Quand ils entendirent cela, accusés par leur conscience, ils se retirèrent un à un, depuis les plus âgés jusqu’aux derniers…

Finalement à quoi rime cette différence de sexe ? De même que cette différence entre les religions ? A quoi bon condamner la différence ? Les différences n’existent-elles pas sous et par nos simples yeux, nos petites représentations illusoires, reflets de notre ignorance ?

Mon voyage en Inde s’achève. Je conclus ma recherche sur une dimension du féminin et du masculin bien plus subtile. Je fais alors le lien avec mon expérience de vipassana. J’ai alors dit que rien n’est cause extérieure. Tout se manifeste de notre intérieur. Je me demande alors s’il n’est pas de même pour le féminin et le masculin ?

Mes entretiens auprès de Jacques Vigne, psychiatre français vivant en Inde, et aupreè d’autres personnes déjà engagées dans la voie spirituelle, m’ont permis de creuser dans cette réflexion. Le contenu des interviews filmées expliquent les deux énergies dont nous sommes tous individuellement constitués : le féminin et le masculin, le ying et le yang. La non-conscience, la non-maitrise de ces deux énergies dans notre être expliquent certainement le déséquilibre de la relation entre les deux sexes dans le couple et plus largement dans la société.

Ne recherche-t-on pas notre moitié pour arriver à un équilibre ? On cherche la dualité pour arriver à la non-dualité, l’Unité grâce à cet équilibre. C’est le but de la spiritualité : trouver l’état de plénitude (appelé le vide chez les bouddhistes).

L’Inde est peut-être le meilleur terrain pour explorer cette question du genre, du féminin et des traditions.

Je suis déjà nostalgique de quitter ce si…. si ….. ce pays. Il n’y a pas de mots pour le qualifier.

J’y suis surement sensible du fait de mes origines. Mon grand-père maternel est indien. Je reviens d’ailleurs en Inde avant la fin de l’année avec ma mère. Ce sera alors un nouveau voyage, une nouvelle découverte, dans la continuité de celui-ci. La spiritualité, l’Inde, les femmes, les traditions, tout cela me ramène à mon histoire de vie et celles de mes ancètres. Je comprends le sens de ce parcours et de cette recherche. Venir en Inde avec ma mère est la meilleure idée que nous ayons jamais eu et c’est probablement le meilleur moment pour cela.

Je prends l’avion pour Katmandou. Ma recherche se poursuit au Népal : les femmes et la montagne.

Merci à tous et toutes qui m’ont éclairé tout au long de mon périple en Inde.

Femmes d’ici et d’ailleurs

Posted by Rachel Guimbaud | Inde | Mardi 17 février 2009 12 h 51 min

Quelles situations pour les femmes dans la société indienne ?

femme assise dans la rueIl y a ici des traditions allant à l’encontre de l’émancipation des femmes : mariages forcés, système de dote, foeticides, femmes brulées au visage en cas de refus de mariage et bien d’autres encore.

A côté de ces pratiques traditionnelles on retrouve de plus en plus de femmes au gouvernement et dans la haute hiérarchie des entreprises. Les moeurs évoluent du fait de l’éducation de plus en plus massive des jeunes femmes. Même si la majorité finissent par se marier jeunes, elles sont plus instruites et plus indépendantes. Elles savent lire et être au courant de ce qui  se passe ailleurs que dans leur foyer.

L’évolution prend du temps bien sûr et se fait de génération en génération.

Les coutumes changent également au contact des autres cultures. Mais l’Inde n’a aucun sentiment d’infériorité par rapport à notre culture. Les indiens savent notre liberté, notre individualisme mais ils savent aussi notre solitude et notre division familiale.

L’Inde avance à son rythme et à sa manière.

Si l’on doit condamner les pratiques traditionnelles cruelles envers les femmes et lutter contre la pauvreté et l’analphabétisme, telle que le font certaines associations locales, vouloir révolutionner l’Inde pour en faire un modèle de vie occidental risque de faire perdre toute la richesse et la diversité culturelle du pays, que nous occidentaux venons aussi chercher içi.

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Le paragraphe suivant est pour moi…

J’ai eu beaucoup de difficultés à mener mes premiers entretiens auprès des femmes indiennes pour la simple raison que mes questions ont été écrites avec une vision du monde occidental. Au travers des échanges, elles ont pu voir mes craintes, mes questionnements et mes représentations de femme occidentale venue en Inde pour comprendre où en sont les femmes indiennes. Notre intérêt commun est de ne pas véhiculer une image négative du statut des femmes en Inde. Etant d’une culture complètement à l’inverse de la leur, je ne peux pas leur demander de répondre à mes interrogations en tant que femme occidentale. J’ai alors fait le choix de trouver mes propres réponses ailleurs et de faire un simple travail d’observation de leur quotidien.

J’ai visiblement un cheminement personnel a faire à cote de ce travail documentaire.

Dieu au féminin

Posted by Rachel Guimbaud | Inde | Mardi 17 février 2009 12 h 50 min

Je vous ai parlé de la Mère Divine comme la manifestation de Dieu au féminin. Je cite alors Durga que je vous ai présenté, Ma Ananda Moyee, Parvati et nombreuses déesses encore.

Ma question était la suivante : pourquoi l’aspect Divin de la femme est-il si vénérée au vu des conditions des femmes dans la société ? Je me trouve là encore face à l’un des nombreux paradoxes de l’Inde.

C’est évident, je suis à Kankhal, auprès des dévots de Ma. Ici, les gens vénèrent la Mère Divine, la Shakti. Autour d’un temple de Shiva, les gens vénèreraient une image masculine de Dieu.  Et comme je présente mon projet sur le thème des femmes, tout se brode autour de ce sujet. Là est la difficulté d’un travail sur un terrain donné : à moi de prendre du recul par rapport au lieu et aux témoignages recueillis.

Je suis bien venue ici étudier les femmes auprès de Ma. Alors quelle image de femme Ma incarne-t-elle ?

En Inde, il se dit que Dieu prend la forme que nous souhaitons lui donner. Ma est une des manifestations de Dieu, elle représente pour nous l’Amour Divin de la Mère. Pourquoi la Mère ? Parce que la première manifestation d’Amour que nous connaissons est bien celui de notre mère, c’est un Amour pur, le plus pur qu’il soit, de fait surement le plus proche de Dieu.

Parfois les indiens s’amusaient à habiller Ma en Krishna. Elle se laissait faire. La forme n’a pas d’importance, si ce n’est pour nous, pauvres humains. Les hindoues basent le Divin sous la forme du couple. Chaque Dieu a sa Déesse.

couple dieu et deesse dans un temple a Delhi

En occident, nous sommes les premiers touché par le conditionnement du genre Divin. Le monothéisme présente Dieu comme étant masculin. D’où une société patriarcale. J’ai rencontré une femme française qui m’a dit :  » la religion a été faite par et pour les hommes, les femmes n’en n’ont pas besoin ».

J’essaye de comprendre. Pourquoi avoir besoin de dominer les femmes ? Font-elles peur aux hommes ? Peut-être.

Quelques arguments récoltés au cours de mes entretiens :

- Certaines personnes m’ont expliqué que la femme a une capacité de jouissance bien  supérieure à celle des hommes. C’est la raison pour laquelle, encore dans certaines traditions, l’homme souhaite que leur épouse soit vierge avant le mariage. Elle n’a pu ainsi gouter au plaisir du sexe avant. Sa sexualité sera alors maitrisée par son seul époux et ne pourra dépasser sa seul jouissance.

- Du corps de la femme sort la vie, c’est un fait extraordinaire. Un témoignage m’expliquait que les hommes ont pourtant inversé cette vision en affirmant que seule la semence est importante et que la femme n’est qu’un vase.

J’aime ce tableau « l’origine du Monde » de Gustave Courbet représentant un sexe de femme. Il confond Dieu avec la femme. Il dérange. Il n’a rien fait d’autre que de peindre la réalité.

L’Origine du monde est un tableau réalisé par Gustave Courbet en 1866.

Où en étais-je ? Les femmes…

Posted by Rachel Guimbaud | Inde | Mardi 17 février 2009 11 h 26 min

J’ai jusqu’ici peu écrit sur le sujet parce que beaucoup de choses font évoluer ma réflexions au fil des jours et je dois murir mes idées avant de les coucher. Il n’y a pas un jour sans rencontre. Il n’y a pas un jour sans que je fasse un pas de plus vers le but de ma recherche.

J’ai rencontré beaucoup de personnes, hommes, femmes, françaises, indiennes, américaines, qui portent tous un intérêt sur le sujet des femmes. Elles ont toutes quelque chose à dire. Elles me font part de leur avis, de leurs expériences. Je reçois ces merveilleux cadeaux avec beaucoup de reconnaissance. Leurs témoignages au fil des jours m’aideront à décanter la problématique de la féminité en Inde et dans le monde. Grâce a eux, je vais pouvoir vous présenter là où j’en suis à présent.

J’ai encore trois mois de voyage et j’ai déjà vécu beaucoup de choses.

coucher de soleil a Kankhal

Dans les prochains articles, je vais tenter d’articuler les différentes réflexions sur le sujet. Je ferai aussi le lien  avec mon expérience  de la vipassana. Et oui, il y en a un…

Le contenu des articles ne sort pas d’une encyclopédie mais de témoignages, de mes rencontres et de ma propre réflexion. Je vous fais part de ce partage mais ne saurai affirmer détenir la Vérité sur le sujet, s’il y en a une.

Merci pour tous vos messages, je suis heureuse de voir la réflexion de mon parcours à travers vos commentaires.

Quelques mots sur vipassana

Posted by Rachel Guimbaud | Inde | Lundi 9 février 2009 8 h 42 min

Les cours de vipassana se sont terminés samedi 7 février au matin. Je retourne dans la vie courante après 10 jours de retraite aux pieds des Himalayas.

De retour à Kankhal, Internet était inaccessible dans la ville pendant plusieurs jours. Il m’est difficile de mettre à jour le blog aussi souvent que je le souhaiterais.

J’aimerais désormais vous faire partager cette expérience vipassana. Lorsque nous goutons à l’enseignement du Dhamma (la loi de la Nature), nous ne pouvons nous empêcher de vouloir la partager : « yahipasiko » qui signifie « allez-y voir ». Cette technique est accessible à tous. J’espère vous donner l’envie de creuser un peu plus dans ce sens et d’accéder à cette technique qui libère de toute souffrance. Vous trouverez les renseignements sur le site : www.dhamma.org. En attendant, je vais tenter de vous expliquer ce que j’y ai compris au travers de ma petite expérience.

10 heures de méditation par jour et pendant 10 jours. Les stylos, les livres, les téléphones sont à déposer à la réception avant le commencement de la session. Rien ne doit distraire notre esprit. Nous serons seules face à nous même pour 10 jours. Aucune rencontre possible sinon celle avec nous-même. Nous garderons le silence pendant ces 10 jours.

J’ai vécu là une expérience impensable. J’y ai appris une très belle technique de méditation, celle qui a permis l’éveil du Bouddha Gautama il y a 26 siècles de cela.

Il n’est aucunement question de dogme, ni de quelconque rituel et encore moins de religion. Cette technique est la plus pure qu’il soit.  Pendant 10 jours nous observerons les sensations du corps, qui deviendrons de plus en plus subtiles. Nous pouvons peut-être comparer cela au fait de rester des heures devant la télé : ici le film est ce qu’il se passe en nous. Nous faisons l’expérience de nos propres sensations pour aller finalement à la rencontre de notre véritable Soi. Nous nous sommes tous demandé un jour  » Qui suis-je ? ». La réponse n’est pas loin.

Nous souffrons tous de désirs insatisfaits, d’aversions. Les désirs et les aversions sont à la source de la souffrance. Nous voulons toujours plus, sans jamais être complètement satisfait et nous multiplions ainsi nos désirs. Nous vivons la vie comme une course. Après quoi courrons-nous ? Arrêtons- nous un peu et observons.

Nous pensons réagir aux objets extérieurs ( « cette personne m’a insulté et m’a mise en colère »,  » je suis addicte à la cigarette », « cet endroit me rend triste »…). En fait, nous ne réagissons pas à ces objets extérieurs mais aux sensations produites dans notre corps à leur contact ( le coeur qui s’emballe par la colère,  la gorge qui se sert quand on est triste, les réactions biochimiques que procure la nicotine…). Or, toute sensation finit par passer. C’est l’expérience de l’impermanence. C’est l’objet de cette méditation et c’est ce que le Bouddha nous enseigne au travers de cette technique.

Si l’on comprend cette notion d’impermanence, on comprend que nous vivons dans un monde plein d’illusions. Il est alors possible de se détacher de nos sensations et de ne rien faire d’autre que de les observer sans y réagir.

Dès les premiers jours, des douleurs se font bien sûr ressentir dans le corps (les jambes, le dos, les bras…). Il n’est alors pas question d’y réagir mais de les observer, sans les juger. Ce n’est ni bon ni mal. C’est juste impermanent. Cette sensation finira par s’en aller. Il en est de même dans le quotidien. Même les bonnes choses finissent par passer. Il n’y alors aucune raison de s’y attacher. On ne ferai qu’être de plus en plus dépendant de ces bonnes choses et malheureux lorsque nous ne les satisfaisons pas. Peu à peu, avec la pratique, nous nous libérons de nos désirs et aversions et voyons la vraie nature de toute chose :  impermanente !

Durant les 10 jours, chaque méditation sera différente les unes des autres. Certaines émotions émergeront de notre inconscient, puis elles s’en iront. C’est un bon nettoyage !

Le but de vipassana est d’atteindre un état de conscience pur, l’éveil, l’illumination, le nirvana; et arrêter le cycle des renaissances. C’est la quête spirituelle de bons nombres d’indiens (comme les sadhus) et de toute autre personne engagée dans la voie spirituelle. C’est peut-être ce qui fait la magie de ce pays.

En occident, la réincarnation est vue de manière positive : « chouette, par mes bonnes actions ma vie prochaine sera meilleure que la précédente ! ».

fleur de lotus

En Orient, la réincarnation n’est pas bon signe. La vie n’est que souffrance. Si nous nous réincarnons, nous

souffrirons encore. Le but est de sortir de ce cercle de vie (samsara) pour arriver à la libération (nirvana).

Il ne s’agit évidemment pas de devenir un Bouddha en 10 jours ! C’est un travail au quotidien, le travail de toute une vie, et de plusieurs vie encore peut-être.

Yahipasiko !

Un lotus pour vous

Je pars 10 jours pour vipassana

Posted by Rachel Guimbaud | Inde | Lundi 26 janvier 2009 10 h 19 min

Je pars demain pour une pratique de la vipassana : 8 heures de méditation pendant 10 jours.

Vipassana signifie voir clairement et en profondeur.

Cette pratique indienne est un moyen d’observer clairement les sensations du corps. En observant la manifestations des émotions, on apprend petit à petit à les bloquer. Si on bloque les émotions, on bloque le mental. On détruit alors l’ego et la conscience devient pure.

Tout ça pour dire que je ne serai absolument pas joignable pendant cette période.

A bientôt sur le site!

C’est bien grâce au soleil que nous voyons les nuages

Posted by Rachel Guimbaud | Inde | Lundi 26 janvier 2009 9 h 32 min

le ciel a l'aube Peu à peu, je comprends l’impact du féminin dans la culture indienne.

J’ai quelques interviews en poche mais j’ai surtout une prise de conscience grace à tous ces témoignages :

  • Il y la SHAKTI, la Mère divine où l’énergie féminine est l’Unité des forces divines et il y a la tradition du peuple où la place des femmes est différente de celle occupé par la Divinité.

Il a fallu comprendre ces deux facettes de la féminite en Inde. Je vous les expose aujourd’hui, après 10 jours passés içi. Il en faut du temps pour lâcher nos propres représentations et s’ouvrir enfin aux verités des autres peuples !

1. SHAKTI:

Durga est une des formes de la SHAKTI que je souhaite vous présenter.

Elle est une figure très présente partout en Inde, épouse de Shiva, le Dieu de la destruction. Elle est toute l’énergie divine que l’Hindousime manifeste de manière suprème : sous la forme féminine.

Statue de Durga posee dans le Gange« Durga est la conscience transcendante dans toute la connaissance. Elle est le vide dans tous les vides. Elle est, au-delà de qui il n’est point d’au-delà, appelée l’Inaccessible. » (Devi Upanishad).

Durga est apparue à l’appel des dieux pour combattre le buffle-démon Mahisha. C’est une guerrière. Elle porte un sari rouge symbolisant l’action et la déstruction des démons. Elle a plusieurs bras car les dieux lui ont chacun donné une arme pour se battre. Elle est souvent représentée sur un lion.

Elle est en photo dans les maisons, elle est en statue dans les temples. Elle est ici posée tranquillement et majestueusement dans les eaux du Gange.

2. LA TRADITION INDIENNE :

Elle conditionne la vie des femmes, et des hommes. Les femmes, qui sont içi mon sujet, ont des droits et des devoirs inscrits dans cette tradition. Elles jouissent de certains droits dont nous, femmes françaises, n’avons pas la jouissance, ou depuis peu. Elles ont aussi des devoirs dont certaines disent souhaiter la disparation pour être plus libre lorsqu’elles comparent leur liberté à celles des femmes occidentales qu’elles peuvent rencontrer.

Voila pour le Divin et la tradition au féminin. Il s’agit d’une courte introduction.

Je peux desormais m’intéresser aux ponts qui relient ces deux présences féminines dans la vie sociale et dans la spiritualité. Là encore s’il y en a.

sari traditionnelune femme preparant les guirlandes de fleurs comme offrandes aux Dieuxrassemblement pour feter le jour de l'independance de l'Inde

Besoin de temps, j’observe.

Posted by Rachel Guimbaud | Inde | Samedi 24 janvier 2009 6 h 31 min

l'aarti sur les bords du Gange, Haridwar

Je n’ai pas écrit depuis quelques jours.

En réalité, je ne sais pas trop quoi écrire. J’ai du mal à distinguer le projet de ma recherche personnelle.

C’est évident, je ne suis pas ici par hasard. J’ai une raison que je dois m’efforcer d’approcher pour donner un véritable sens à mon projet.

Mes premiers jours passés ici sont donc difficiles. Je ne sais pas par quoi commencer.

Je remets en question ma grille d’entretien que je prévoyais de présenter lors de mes interviews : je ne sais pas moi-même répondre a ces questions. Je ne sais pas non plus quelle finalité je recherche à travers les témoignages. A priori, je manque de recul sur le sujet. Alors j’ai utilisé une autre méthode.

J’ai relu mes questions en remplaçant les mots « hommes/femmes » par « blancs et noirs » pour me rendre compte si je n’étais pas discriminante dans mon approche. Ce n’était pas le cas.

Je me suis alors demandée ce que je voulais entendre des personnes interviewées. J’en suis venue aux réponses que j’attendais pour ma propre existence de femme Quelle est ma part de féminité et quelle est ma part de masculinité ? Comment se manifestent ces deux énergies dans la spiritualité et dans les habitudes sociales et familiales.satsang aupres de Swamiji Vijayananda

La difficulté du projet est bien sûr de mener une quête personnelle et une enquête sociologique ;  si je puis l’appeler comme ça sans prétendre être sociologue. Je demande à ces femmes des réponses que je n’arrive pas moi-même à avoir sur ma vie de femme.

Alors, avec l’aide des témoignages des femmes et des hommes que je rencontres, je laisse le temps me faire avancer dans ma propre réflexion. Je m’inspire de ces moments infinis sur les bords du Gange, lors des pujas ou juste la, assise sur le ghat. J’observe le mouvement de l’eau. Tout coule.

Besoin de temps, j’observe en dehors et en dedans de moi-meme.

Je vous présente Ma, La Mère Divine

Posted by Rachel Guimbaud | Inde | Mercredi 21 janvier 2009 7 h 46 min

Ma Ananda MayeMa ananda Mayee est née en 1896 au Bengale, aujourd’hui le Bengladesh. Elle est née avec l’éveil, Elle n’aura aucunnement besoin de travailler sa pratique spirituelle puisqu’elle n’est autre que la manifestation totale de Dieu. Elle est une « avatar ». Sa simple présence a suffit à n’importe quel enseignement sur la spiritualité.

Il est dit que Ma n’avait pas d’ego. Or l’ego ( les desirs, les habitudes, les jugements, l’agitation mentale) est tout ce qui nous empèche de nous unir avec le Divin. Bien plus, Ma détruit notre ego. Nous trouvons en elle la vraie nature de notre Soi profond.

Ma est bien plus qu’une femme, Elle est La Mère Divine.

Je suis là quelques jours pour me rapprocher de Sa présence et par la-même de moi-même. Par rapport au projet « Force de Femmes », j’ai aussi choisi de venir là pour comprendre comment Son statut de femme était perçu par ses disciples et comment Elle a pu faire bouger les traditions en faveur des femmes autour d’Elle.

Je viens ici pour la deuxième fois.

J’aime cette endroit. Il est tranquille. Il vibre.

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