De Java à Bali par la route

Posted by Rachel Guimbaud | Indonésie | Jeudi 30 avril 2009 5 h 52 min

Garut, au pied d'un des seuls temples hindoues restant sur Java

cabane de pecheur dans la baie de Pangandaran, Java

Le canyon vert de Pangandaran, Java

les fruits fraichement coupes a la demande

Je change de décors. Je quitte la grande métropole de Jakarta et sillonne les chemins des touristes en quête de paysages somptueux et journées relax.

J’arrive doucement à Bali en traversant l’ile de Java par la route. Avis à tous les voyageurs : L’Indonésie est une destination grandiose !

Je n’ai pas de planche mais je surfe sur la vie tranquille de ces iles.

Ces quelques photos à vous faire partager…

La célèbre plage de Kuta, Balitemple bouddhiste de Borobudur

l'aube sur le Mont Bromo, Javatemple hindou de Prabanan a Yogiakarta, Javadsc01190sur le cratere du mont Bromo, Java

Pourquoi faire du voile un problème ?

Posted by Rachel Guimbaud | Indonésie | Lundi 27 avril 2009 12 h 04 min

Dans le dernier article, j’ai tenté de comprendre pourquoi les femmes indonésiennes musulmanes sont de plus en plus nombreuses à porter le hijab. J’ai alors mis en avant deux arguments : la mode et la politique.

J’ai trouvé beaucoup de personnes intéressées pour m’éclairer sur la place des femmes indonésiennes dans l’Islam. Il y a certainement encore beaucoup à étudier ici sur ce thème. Mais l’enquête touche à sa fin et je dois désormais conclure. Je m’interroge alors sur le fond de la problématique, si problématique il y a…

une femme a la mosquee du vieux JakartaJamais personne ici ne m’a présenté le port du voile comme une atteinte à la liberté des femmes. Jamais une femme ne m’a semblé brimé sous son voile, toutes sont souriantes et pleines de vie.

Alors pourquoi le voile est-il un problème pour moi ? Pour la France ?

Le témoignage d’un proche me fait réfléchir : « Pourquoi un tissu qui cache les cheveux porterait-il atteinte à la liberté ? Ne permettrait-il pas au contraire d’être libre ? Nous portons bien des masques et des costumes sous lesquels nous nous cachons pour le carnaval ? Et le carnaval, c’est la liberté ! « 

La liberté… Je savais bien que je conclurai sur elle après 4 mois de recherche. Je suis jeune féministe en quête de Vérité. Pour cela, j’ai tenté de traverser la question sous tous les angles, j’ai tenté de comprendre tous les arguments qui se défendent entre eux. J’ai remis en question tous mes jugements, tous mes conditionnements. J’arrive aujourd’hui au fond de la question et me confronte désormais à la notion de liberté.

Pourquoi rentrer dans un combat contre le port du voile s’il n’est pas question de contrainte ?

Certes, porter le voile vient d’une tradition sexiste. Mais qu’en est-il de nos comportements occidentaux tout aussi sexistes, pourtant jamais présentés comme portant atteinte à la liberté des femmes ? Une femme voilée est-elle moins libre qu’une femme portant la mini jupe pour acquérir des avantages ?

Le voile est diabolisé dans notre culture car il amène des codes sociaux très différents des nôtres. N’oublions cependant pas nos propres codes tout aussi machistes.

Demandons-nous pourquoi le voile est un problème. Parce qu’il est étranger à notre culture et nous menace d’une sorte de contamination ? Il s’agit alors d’une peur du changement, peur le l’inter-culturalité, peur de la différence. C’est penser que les individus, et notamment les femmes, ne sont pas suffisamment libres pour choisir leur propre liberté….

Ou parce qu’il est signe de soumission ? La encore, tout dépend de quel point de vue la question est posée… La question du voile est passionnante et loin d’être facile à traiter dès lors qu’on décide de le combattre.

revue associative pour l'education et l'information des femmes dans le contexte musulmanGardons simplement à l’esprit que le port du voile ne résume pas toute la condition des femmes dans l’Islam.

L’association Rahima éduque et informe les femmes musulmanes à Jakarta sur la question du genre et l’égalité des chances quelque soit l’appartenance au sexe. Cela est un vrai combat. La directrice porte pourtant le hijab depuis seulement un an. Cela ne l’empêche pas de mener son combat pour faire réfléchir les femmes sur leur place dans le contexte musulman et faire évoluer les mentalités autour d’elle.

Comme dans chacune de mes trois destinations, la même conclusion : l’éducation est la première porte de la liberté des lors qu’elle permet la liberté de penser.

Je quitte Jakarta après y avoir passe deux semaines auprès de gens passionnant et gentils. J’ai été chaleureusement accueillie, merci à vous tous. J’espère pouvoir restituer au mieux les témoignages qui m’ont été offert.

Je continue avec mon sac à dos pour découvrrir le reste de l’ile de Java et Bali, l’ile des Dieux. Les interviews sont désormais finis, tout est dans la boite. Je garde cependant l’oeil curieux et l’esprit ouvert.

L’aventure n’est jamais finie.

Sur le cratere du Mont Bromo sur l'ile de Java

Quand la religion se mèle de la politique…

Posted by Rachel Guimbaud | Indonésie | Lundi 20 avril 2009 14 h 18 min

L’histoire du pays sur ces dernières décennies permet de comprendre le contexte musulman actuel et la mouvance des pratiques.

Brièvement, l’Indonésie est indépendante depuis 1945. Soekarno devient alors son président et installe un régime communiste.

Suite, en Octobre 1965, à un complot à l’encontre de l’actuel président, Soeharto prendra sa place et fera la chasse aux communistes faisant près d’un million de morts. L’Indonésie restera 33 ans sous sa dictature, dite « démocratie dirigée ». Et bien que l’Indonésie connaitra une forte croissance économique durant cette période, le pays sera l’un des pays les plus corrompu au monde. Le président Soeharto et sa famille se sont d’ailleurs lourdement enrichis à cette période. Sous toute cette pression, se déclenchent les violentes émeutes de mai 1998 à Jakarta. Soeharto démissionne et laisse place pour la première fois en Indonésie à un régime démocratique.

Sous Soeharto jusqu’en 1998, le gouvernement a toujours refusé de faire de l’islam la religion d’État, imposant comme idéologie officielle les « cinq principes » (pancasila) qui prescrivaient seulement la croyance en un Dieu unique et mettaient sur le même plan l’islam et les religions minoritaires reconnues (christianisme, hindouisme, bouddhisme…). L’Etat est laïc. Pour exemple, tout signe religieux est interdit dans les établissements scolaires public, ce qui n’est plus le cas aujourd’hui.

Entre 1998 et 2004, du fait de l’instabilité politique et de cette nouvelle démocratie, les tensions et violences inter-religieuses sont nombreuses : la « guerre sainte » (jihâd) des musulmans contre les chrétiens des Moluques et des Célèbes de 1998 à 2001 fit entre 5 000 et 10 000 morts et un demi-million de personnes déplacées ; d’autre part, les sanglants attentats de Bali en 2002, puis ceux de Jakarta en 2003 et 2004.

« Il fallu attendre 2004, l’élection d’un président à poigne, le général Susilo Bambang Yudhoyono, pour calmer le jeu ; mais ce fut au prix d’une alliance avec une nouvelle organisation islamiste, le Parti de la Justice et de la Prospérité (PKS), ce qui ne laisse pas d’inquiéter pour l’avenir. » Extrait du livre de Marc Gaborieau, « La fin de l’innocence ? L’islam indonésien face à la tentation radicale de 1967 à nos jours ».

Aujourd’hui, l’Indonésie est face a une situation politique sous l’influence de groupes musulmans qui ont compris qu’en mettant un pied dans la politique ils pouvaient avoir une grande influence sur le peuple. L’auteur parle de « chariarisation » des esprits, la Charia étant la loi islamique.

Je cite aussi Philippe Raggi, chercheur en géo-politique, spécialiste de l’Asie Orientale et auteur du livre  » L’Indonésie, la nouvelle donne », qui explique lors de l’émission radio lumiere101  » un regard libre sur un monde ouvert » , le 9 mai 2008 :

 » A la fin des années 80, on assiste en Indonésie, comme un peu partout, à une montée du radicalisme. A la fin des années 90, marquant la fin de l’ère Soeharto, des mouvements fondamentalistes ont profité de l’ouverture démocratique pour mettre en place leur pions et leurs idées (…). Certains hommes politiques, voyant arriver les élections locales, veulent bénéficier du soutien d’un maximum de parties (…). ces hommes politiques utilisent la religion comme une carte en fonction de leur intérêt particulier. Mais c’est un jeu qui, à mon sens, s’avère dangereux à long terme, surtout quand on a à faire à des islamistes comme nous avons à faire en Indonésie. »

Pour faire le lien entre cette tendance et la conditions des femmes, Aceh est la seule région Indonésienne où est appliquée la Charia. Le port du voile y est bien sûr obligatoire. Une étude statistique de la commission nationale indonésienne contre les violences faites aux femmes montre dans une récente étude (octobre 2008) comme le nombre de violences contre les femmes sont croissantes dans cette région et sous l’influence de cette loi.

D’autre part, sous la pression des partis politiques musulmans, la loi anti-pornographique a été adopté en octobre 2008. Cette loi punit les oeuvres et les actes corporels jugés obscènes et qui portent atteinte à « la moralité de la communauté ».

« Après des mois de débats souvent houleux, le texte, dont l’initiative revient à des musulmans conservateurs, a été approuvé par les partis de la majorité du président Susilo Bambang Yudhoyono et les principales formations se revendiquant de l’islam. » Extrait Le figaro Flash du 30/10/2008.

En attendant le décret d’application, les associations que j’ai pu rencontrer sur place sont toutes mobilisées pour contrer cette loi dont le texte est encore très flou et risque d’aggraver la conditions des femmes en Indonésie.

Sous toute cette pression, j’ai rencontré des familles qui ont choisi de migrer vers Bali où la culture est encore protégée de l’influence musulmane. Bali ne souhaite pas voir interdire ses danses et ses tenues traditionnelles. Si la loi s’applique, l’ile penserait fortement à demander son indépendance.

La loi d’autonomie locale N.22 de 2001 permet l’autonomie des régions qui peuvent désormais appliquer leur propres projets de lois. Ainsi, des lois locales se mettent en place imposant les volontés des partis musulmans. Par exemple, dans une région près de Jakarta, les femmes n’ont pas le droit de sortir après le coucher du soleil. Auquel cas elles sont arrétées par la police et accusées de prostitution.

Alors peut-on simplement reduire la montee de la pratique du voile a une simple mode vestimentaire ?

Pourquoi le voile ?

Posted by Rachel Guimbaud | Indonésie | Dimanche 19 avril 2009 15 h 41 min

pancarte militant pour les droits des femmes

Les indonésiennes sont vraisemblablement « libres » de porter le hijab, le voile qui cache les cheveux et la nuque des femmes musulmanes. Des discussions au quotidien aux interviews auprès de femmes féministes portant le voile, toutes et tous certifient que cette pratique émane de la seule volonté des femmes ; mentionnant le fait que personne ne doit forcer à cela (notons que des petites filles de moins de 8 ans portent déjà le voile, un choix ?). Les femmes parlent du voile assez librement. J’ai eu l’impression d’être la seule en Indonésie à me poser des questions sur cette pratique…

Ok, soit.  C’est un choix, un libre choix.

Alors pourquoi ce choix ? Plusieurs réponses…

galerie commerciale a JakartaLa première est une affaire de mode, de « fashion ». En se baladant dans quelques centres commerciaux, on trouve des magasins spécialisés dans la mode « musulmane » illustres de photos de modèles musulmanes. La religion, une mode ?

Certaines le portent pour montrer leur appartenance religieuse. Le hijab est alors une outil identitaire et de renforcement identitaire.

Certaines le portent pour trouver un mari. Cela fait plus sérieux…

D’autres le portent pour éviter les « problèmes » liés  à la drague des hommes et des regards disgracieux les soupçonnant d’être des femmes faciles voire des prostituées.

J’ai reçu aussi de nombreuses autres explications très diverses comme : pour se protéger du temps ( 35 degrés, peu de vent, de courtes pluies tropicales  et très souvent de gros nuages d’humidité, allez comprendre…), pour éviter de se teindre les cheveux blancs, pour le plaisir de se voir changer de couleurs de voile chaque jour en fonction des habits, des envies…

Jamais une raison n’est citée à l’encontre de l’émancipation des femmes, ni aucune interprétation religieuse si ce n’est que  » c’est un ordre écrit dans le Coran« . En creusant la conversation, aucune n’est allée vérifier les écrits à ce sujet dans le livre du Coran:  » C’est souvent les hommes qui lisent le Coran. Ils nous  l’interprètent ensuite« . Et il y a tellement de polémiques sur les traductions du Coran.

J’essaie de les amener à réfléchir sur pourquoi les femmes doivent se couvrir le corps ? La réponse est : «  parce que c’est écrit dans le Coran » ou  » parce qu’il y a davantage de zones sensuelles dans le corps des femmes que chez les hommes« .

Je continue:  » Et même en partant de ce principe, pourquoi les femmes doivent-elles cacher leur corps soi-disant plus sensuel que celui des hommes? La réponse est » pour se protéger des hommes« . Dans ce cas, s’agit-il d’une pratique religieuse ? Ou d’une self-protection liée aux pulsions incontrôlables des hommes dont les femmes sont souvent victimes et coupables au même prix  ?

un groupe d'amies dans un centre commerciale de JakartaA priori, je me pose trop de questions… Les indonésiennes ont adopté le voile sans trop s’en poser en tout cas. Du coup, la signification du voile parait loin de son origine. Il est, de ce fait, difficile de comprendre et de faire émerger les réelles motivations des femmes sur le port du voile.  Elles sont loin de penser que le voile est une pratique induite par et pour les hommes voulant dominer les femmes.  Ici, porter le voile vient simplement d’un commandement divin traduit dans le Coran, c’est tout. Il n’y a pas à chercher plus loin. Et pourtant, pour dire l’ancienneté de la tradition, le port du voile est bien antérieure à l’arrivée de l’Islam et du Coran par le prophète Mahommed.

Si je n’ai pas réussi à les faire remonter jusque-ci loin dans l’histoire de l’Islam, j’ai essayé de remonter jusqu’à l’arrivée de l’Islam en Indonésie pour comprendre comment s’est implantée cette religion dans le pays. Là encore, pas d’explication. Aucune n’a su m’expliquer l’histoire de l’Islam en Indonésie. Et pourtant, elle est assez percutante : cette religion  s’est implantée au 17eme siècle et, en l’espace de 400 ans seulement, a converti tout un peuple dont certaines religions initiales y étaient implantées depuis près de 2000 ans. L’indonésie est alors le plus grand pays musulman au monde.

Si je n’ai pas de témoignage sur cette période de l’histoire, j’ai tout de même eu des éléments intéressants sur le pourquoi du nombre croissant de femmes voilées en Indonésie depuis seulement quelques années.

Ce qui fera l’objet d’un nouvel article.

Question/Réponse

Posted by Rachel Guimbaud | Indonésie | Mercredi 15 avril 2009 12 h 18 min

Et comment ca se passe dans les autres communautés ? Notamment l’hindouisme. C est pareil qu’en inde ? Bon d’accord y a pas d’histoire du voile sexy dans ce cas.

Loic

une indonesienne dans la grande cathedrale de Jakarta

Bonne question !

Je te dirai ça quand je serai à Bali : la seule ile indonésienne qui a conservé en majorité sa religion et ses traditions hindouistes, comme à l’origine de tout l’archipel indonésien.

Ici, à Jakarta, il y a aussi d’autres religions mais très en minorité par rapport aux nombres de musulmans. On peut y voir de nombreuses églises. Dans la grande cathédrale Sainte-marie de Jakarta, j’y ai même croisé une femme avec le voile chrétien sur la tête (cf photo). Mais je n’en ai pas vu deux comme elle…

Les mouvements d’aide aux femmes victimes de violences en Indonésie

Posted by Rachel Guimbaud | Indonésie | Dimanche 12 avril 2009 8 h 38 min

pancarte de lutte contre les violences faites aux femmesChoses faites ! Avec l’aide d’un contact français expatrié en Indonésie pour le travail, j’ai facilement et rapidement été mise en relation avec plusieurs associations locales de lutte contre toutes sortes de violences faites aux femmes : prostitution, violences domestiques, pauvreté, discriminations, parmi tant d’autres.

Parmi ces associations, je cite : l’association Solidaritas Perempuan ( = solidarité des femmes en Indoneéie), l’association Legal Aid Society for Women, la commission nationale sur les violences faites aux femmes et l’association Women’s Empowerment in Muslim Contexts.

J’ai été largement impressionnée par le nombre d’associations existantes en faveur des droits des femmes rien que sur la ville de Jakarta, sachant que leurs actions s’étendent aussi sur tout l’archipel de l’Indonésie. De même, j’ai été impressionnée par leur sérieux travail en partenariat et leur profonde implication dans la lutte pour faire avancer les lois du gouvernement en faveur des droits des femmes (réunion de travail avec les différentes associations, manifestations, soutien lors de procès sur la défense des droits des femmes).

Chacune de ces associations a accepté de répondre à un interview sur la question du genre dans la religion. J’ai alors pu comprendre les problématiques rencontrées sur le terrain et obtenir des réponses sur le port du voile.

L’Indonésie est connue pour son Islam ouvert et modéré, un « Islam moderne » comme on peut souvent l’entendre. Pourtant, et depuis quelques années, le nombre de femmes voilées ne cessent d’augmenter à Jakarta. Est-ce le début d’un Islam radical ?

Pas tout à fait.

Sur la place Fatahiillah, place de rencontre culturelleDes interviews, j’ai pu comprendre que le port du voile est très souvent un signe de mode.  » La plupart des jeunes femmes ne connaissent pas le sens reel du hijab (voile musulman) », déclare une des travailleuse sociale. J’imagine que cela explique le sourire charmeur de certaines de ces jeunes femmes au visage voilé auprès de certains hommes comme j’ai pu l’observer. Le voile n’efface alors nullement la volonté de ces femmes de charmer. Il n’est qu’un signe identitaire voire un outil de séduction jouant ainsi sur un coté mystérieux de la femme qui attire tant les hommes ( d’après les témoignages de quelques hommes avec qui j’ai pu échanger sur le sujet). Comme si le fait de voir les formes cachées des femmes accroissait le nombre de fantasmes des hommes; et comme si ce voile signifiait la pureté du corps qui y est caché en attendant qu’il devienne la propriété de celui qui la seduira. Voyez l’hypocrisie du procédé…

Ceci-dit, le port du voile devient réellement problèmatique lorsque celui-ci est porté de force dans le but de brimer les femmes. C’est sur ce plan qu’interviennent les associations en insistant sur le fait que la religion doit être un libre choix, librement vécu et non un moyen d’appliquer une loi machiste . Mais comment savoir s’il s’agit d’un choix libre de la part des femmes et non d’un endoctrinement ?

Mon esprit s’est alors ouvert lorsqu’une des femmes interviewées parmi les associations  m’a dit :  » il ne s’agit pas seulement d’une question de voile. On en parle beaucoup simplement parce que c’est ce qu’il y a de plus voyant ». C’est vrai, il existe des traditions bien pire dont on parle peu car non-visible. Or, la violence vécu en silence, est la plus dangereuse car peu dénoncée.

Je me souviens d’une phrase qu’on nous rabachait sans cesse à l’école, jusqu’à l’afficher au mur du tableau :  » la parole est d’argent mais le silence est d’or ». Ce n’est pas toujours vrai… La vrai violence est celle vécu dans le silence, et la parole est parfois la seule issue.

Je relativise alors. Ma colère contre le port du voile n’est en fait que ma colère face au silence des femmes, ma colère face à l’endoctrinement des femmes dans une société patriarcale, ma seule volonté de vouloir faire sortir les gens de l’ignorance. La conclusion de chaque interview est :  » Nous devons nous réveiller ensemble, collectivement. Toute seule, le combat est perdue d’avance « .

L’Indonésie est un Etat laïc qui tient à maintenir sa diversité culturelle. Il existe de sérieuses pressions des partis politiques musulmans pour appliquer la charia (la loi islamique) dans tout le pays comme à Aceh, cette province indonésienne sur l’île de Sumatra. Malgré le soutien croissant des partisans de ces partis politiques, les indonésiens tiennent trop à leur emblème  avec leur devise nationale « Unité dans la diversité » pour laisser passer une telle loi dans leur République. C’est l’espoir des femmes interviewées :  » le gouvernement et les indonésiens se bateront toujours contre cette volonté de créer un Etat musulman. Nous tenons beaucoup à notre richesse culturelle et à notre Etat laïc« .

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Islam et tradition

Posted by Rachel Guimbaud | Indonésie | Lundi 6 avril 2009 22 h 50 min

une indonesienne avec son fils, une belle rencontreJours après jours, je flâne dans les rues à la découverte des trésors cachés de Jakarta, sous son nuage de pollution et derrière la seule vue de ses grattes-ciels. Il faut alors être patient et pas trop gourmand car ici les distances sont longues et la chaleur et l’humidité sont accablantes.

Je pars ainsi à la rencontre du peuple indonésien et de son incroyable hospitalité. C’est sûr, ici les gens aiment discuter avec les étrangers. Les indonésien(ne)s sont curieux. Ils prennent le temps de nous questionner et de nous aider au mieux dans la découverte de leur pays.

J’observe bien sûr prioritairement et instinctivement les femmes. Si toutes ne portent pas le voile, toutes portent le sourire aux lèvres. Les indonésiennes sont vives et ne loupent pas une occasion de croiser votre regard pour vous lancer un sourire gratuit.

sur la place populaire de Fatahiillah dans la vieille ville

Le voile, le voile…. Ce tissu hante mon esprit et me met en colère. Pourquoi ces femmes se cachent-elles ? Pourquoi pas les hommes ? Le port du voile est, dans mes représentations, signe de soumission, de mal entendu dans la voie religieuse, d’endoctrinement, de déviance dans une religion sous une pression patriarcale.

A cause de mes représentations et de ma colère face à cette pratique, je suis venue en Indonésie, pour essayer de trouver d’autres réponses que ma seule colère. Si pour moi le port du voile est une conséquence de l’ ignorance, de même je conçois ma colère comme le fruit de l’ignorance. Je souhaite prendre le temps ici de comprendre.

L’Indonésie m’a paru pour cela le meilleur endroit.

Elle est l’un des rares pays ou l’Islam est pratiqué au milieu d’une diversité religieuse : ce qui peut permettre un échange plus simple sur ce thème du fait de l’ouverture d’esprit du peuple.

L’Islam est en Indonésie une religion récente et qui s’est installée massivement : ce qui peut permettre de mieux évaluer et comprendre l’impact de la religion sur le peuple.

Et pourtant… Après avoir posé la question à deux ou trois hommes musulmans : « pourquoi les femmes portent-elles le voile? », je sens comme une tension, un tabou. Ils hésitent puis répondent brièvement :  » c’est une tradition « .

Ah ! La tradition! Nous y revoila. Elle est partout et personne ne sait trop l’expliquer…

Comme en Inde, je n’ai pas eu de réponses de la part des indien(ne)s sur la nature des mariages, je n’aurai pas non plus de réponses auprès des indonésien(ne)s sur le port du voile. Voila trois jours que je tourne en rond, et pas d’interview… Je vais donc tenter de trouver des réponses auprès d’ONG ou de différentes organisations étrangères implantées à Jakarta qui, peut-être, auront un certain recul sur la situation et pourront m’éclairer sur le sujet.

couple musulman non marie

Indonésie et pluralité religieuse

Posted by Rachel Guimbaud | Indonésie | Dimanche 5 avril 2009 5 h 35 min

priere musulmane a JakartaL’Indonésie, sur ces 221 millions d’habitants, compte environ 88 % de musulmans, 8 % de chrétiens (5% sont protestants, 3 % sont catholiques), 2% sont indous, 1% est bouddhiste, et 1% croit en d’autres religions. Officiellement, il y a seulement six religions qui sont identifiées par le gouvernement indonésien, à savoir l’Islam, le protestantisme, le catholicisme, l’hindouisme, le bouddhisme et le confucianisme.la cathedrale de Jakarta, juste en face de la mosquee Istiklal, symbole de tolerance religieuse

La ville est ainsi organisée pour que tous puissent s’épanouir dans leur croyance, sans ségrégation.

Entre la plus grande mosquée d’Asie, la mosquée Istiklal (qui signifie indépendance en arabe), et la plus grande cathédrale de la ville, il y a juste la rue à traverser. A midi, on peut alors entendre le doux mélange des chants coraniques pour l’appel à la prière mêlés du son des cloches de l’église. On croirait halluciner.

temple chinois a Jakarta

Un peu plus loin, on peut s’enfoncer dans les ruelles du quartier chinois, Glodoc. On passe alors par les marchés de tortues vivantes, de cuisses de grenouilles et autres curiosités. On tombe sur des temples chinois où l’on vénère les esprits des ancêtres sages. On trouve aussi des églises façon chinoise.

Quelque soit le lieu religieux, les indonésiens à l’entrée vous incitent à y pénétrer vous lâchant un   » welcome ! » du fond du coeur.

La devise indonésienne est :  » Unité dans la diversité »

Premiers pas a Jakarta

Posted by Rachel Guimbaud | Indonésie | Samedi 4 avril 2009 16 h 46 min

Centre de Jakarta, la ville nouvelle

Arrivée à Jalan Jaksa, le quartier des routards aux hôtels à bas prix au centre de Jakarta, je redécouvre ce qu’est une ville neuve et propre. On peut désormais jeter nos déchets dans des poubelles publiques !

L’Indonésie est un vrai changement après ces quelques mois passés en Inde et au Népal. Les nouveaux building aux architectures modernes, les voitures luxueuses qui déambulent dans les rues et les boulevards, une circulation réglée par des feux, des sens interdits, des passages cloutés, les chaines de télévision américaines dans les bars et autres espaces publics sur les écrans plats…

La vie est du coup un peu plus chère.

Les gens sont incroyablement accueillant. Dès la sortie de l’aéroport, les indonésien(ne)s me demandent où je vais et me conseillent pour m’aider. « J’aime que les étrangers viennent découvrir mon pays », me dit un indonésien après m’avoir gentiment et gratuitement orienté. Premier signe de tolérance et d’ouverture…mosquee Istiqlal, la plus grande d'Asie

Je pose alors mes valises dans un hôtel miteux (petit budget oblige) et me demande à nouveau :  » Que suis-je venue chercher ici en Indonésie ? »

Je pense alors : l’Indonésie premier pays musulman, 80 % de la population est musulmane, l’Islam est pourtant une religion récente ici datant du 17eme siècle.

Je me demande alors : Comment cette religion s’est-elle implantée ici en si peu de temps et si massivement ?

Et bien sûr, la question du voile…


Jakarta, Indonésie

Posted by Rachel Guimbaud | Indonésie | Lundi 22 décembre 2008 19 h 48 min

Arrivée prévue le 1er avril 2009 à Jakarta

A suivre sur force de femmes