Femmes d’ici et d’ailleurs

Posted by Rachel Guimbaud | Inde | Mardi 17 février 2009 12 h 51 min

Quelles situations pour les femmes dans la société indienne ?

femme assise dans la rueIl y a ici des traditions allant à l’encontre de l’émancipation des femmes : mariages forcés, système de dote, foeticides, femmes brulées au visage en cas de refus de mariage et bien d’autres encore.

A côté de ces pratiques traditionnelles on retrouve de plus en plus de femmes au gouvernement et dans la haute hiérarchie des entreprises. Les moeurs évoluent du fait de l’éducation de plus en plus massive des jeunes femmes. Même si la majorité finissent par se marier jeunes, elles sont plus instruites et plus indépendantes. Elles savent lire et être au courant de ce qui  se passe ailleurs que dans leur foyer.

L’évolution prend du temps bien sûr et se fait de génération en génération.

Les coutumes changent également au contact des autres cultures. Mais l’Inde n’a aucun sentiment d’infériorité par rapport à notre culture. Les indiens savent notre liberté, notre individualisme mais ils savent aussi notre solitude et notre division familiale.

L’Inde avance à son rythme et à sa manière.

Si l’on doit condamner les pratiques traditionnelles cruelles envers les femmes et lutter contre la pauvreté et l’analphabétisme, telle que le font certaines associations locales, vouloir révolutionner l’Inde pour en faire un modèle de vie occidental risque de faire perdre toute la richesse et la diversité culturelle du pays, que nous occidentaux venons aussi chercher içi.

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Le paragraphe suivant est pour moi…

J’ai eu beaucoup de difficultés à mener mes premiers entretiens auprès des femmes indiennes pour la simple raison que mes questions ont été écrites avec une vision du monde occidental. Au travers des échanges, elles ont pu voir mes craintes, mes questionnements et mes représentations de femme occidentale venue en Inde pour comprendre où en sont les femmes indiennes. Notre intérêt commun est de ne pas véhiculer une image négative du statut des femmes en Inde. Etant d’une culture complètement à l’inverse de la leur, je ne peux pas leur demander de répondre à mes interrogations en tant que femme occidentale. J’ai alors fait le choix de trouver mes propres réponses ailleurs et de faire un simple travail d’observation de leur quotidien.

J’ai visiblement un cheminement personnel a faire à cote de ce travail documentaire.

Dieu au féminin

Posted by Rachel Guimbaud | Inde | Mardi 17 février 2009 12 h 50 min

Je vous ai parlé de la Mère Divine comme la manifestation de Dieu au féminin. Je cite alors Durga que je vous ai présenté, Ma Ananda Moyee, Parvati et nombreuses déesses encore.

Ma question était la suivante : pourquoi l’aspect Divin de la femme est-il si vénérée au vu des conditions des femmes dans la société ? Je me trouve là encore face à l’un des nombreux paradoxes de l’Inde.

C’est évident, je suis à Kankhal, auprès des dévots de Ma. Ici, les gens vénèrent la Mère Divine, la Shakti. Autour d’un temple de Shiva, les gens vénèreraient une image masculine de Dieu.  Et comme je présente mon projet sur le thème des femmes, tout se brode autour de ce sujet. Là est la difficulté d’un travail sur un terrain donné : à moi de prendre du recul par rapport au lieu et aux témoignages recueillis.

Je suis bien venue ici étudier les femmes auprès de Ma. Alors quelle image de femme Ma incarne-t-elle ?

En Inde, il se dit que Dieu prend la forme que nous souhaitons lui donner. Ma est une des manifestations de Dieu, elle représente pour nous l’Amour Divin de la Mère. Pourquoi la Mère ? Parce que la première manifestation d’Amour que nous connaissons est bien celui de notre mère, c’est un Amour pur, le plus pur qu’il soit, de fait surement le plus proche de Dieu.

Parfois les indiens s’amusaient à habiller Ma en Krishna. Elle se laissait faire. La forme n’a pas d’importance, si ce n’est pour nous, pauvres humains. Les hindoues basent le Divin sous la forme du couple. Chaque Dieu a sa Déesse.

couple dieu et deesse dans un temple a Delhi

En occident, nous sommes les premiers touché par le conditionnement du genre Divin. Le monothéisme présente Dieu comme étant masculin. D’où une société patriarcale. J’ai rencontré une femme française qui m’a dit :  » la religion a été faite par et pour les hommes, les femmes n’en n’ont pas besoin ».

J’essaye de comprendre. Pourquoi avoir besoin de dominer les femmes ? Font-elles peur aux hommes ? Peut-être.

Quelques arguments récoltés au cours de mes entretiens :

- Certaines personnes m’ont expliqué que la femme a une capacité de jouissance bien  supérieure à celle des hommes. C’est la raison pour laquelle, encore dans certaines traditions, l’homme souhaite que leur épouse soit vierge avant le mariage. Elle n’a pu ainsi gouter au plaisir du sexe avant. Sa sexualité sera alors maitrisée par son seul époux et ne pourra dépasser sa seul jouissance.

- Du corps de la femme sort la vie, c’est un fait extraordinaire. Un témoignage m’expliquait que les hommes ont pourtant inversé cette vision en affirmant que seule la semence est importante et que la femme n’est qu’un vase.

J’aime ce tableau « l’origine du Monde » de Gustave Courbet représentant un sexe de femme. Il confond Dieu avec la femme. Il dérange. Il n’a rien fait d’autre que de peindre la réalité.

L’Origine du monde est un tableau réalisé par Gustave Courbet en 1866.

Où en étais-je ? Les femmes…

Posted by Rachel Guimbaud | Inde | Mardi 17 février 2009 11 h 26 min

J’ai jusqu’ici peu écrit sur le sujet parce que beaucoup de choses font évoluer ma réflexions au fil des jours et je dois murir mes idées avant de les coucher. Il n’y a pas un jour sans rencontre. Il n’y a pas un jour sans que je fasse un pas de plus vers le but de ma recherche.

J’ai rencontré beaucoup de personnes, hommes, femmes, françaises, indiennes, américaines, qui portent tous un intérêt sur le sujet des femmes. Elles ont toutes quelque chose à dire. Elles me font part de leur avis, de leurs expériences. Je reçois ces merveilleux cadeaux avec beaucoup de reconnaissance. Leurs témoignages au fil des jours m’aideront à décanter la problématique de la féminité en Inde et dans le monde. Grâce a eux, je vais pouvoir vous présenter là où j’en suis à présent.

J’ai encore trois mois de voyage et j’ai déjà vécu beaucoup de choses.

coucher de soleil a Kankhal

Dans les prochains articles, je vais tenter d’articuler les différentes réflexions sur le sujet. Je ferai aussi le lien  avec mon expérience  de la vipassana. Et oui, il y en a un…

Le contenu des articles ne sort pas d’une encyclopédie mais de témoignages, de mes rencontres et de ma propre réflexion. Je vous fais part de ce partage mais ne saurai affirmer détenir la Vérité sur le sujet, s’il y en a une.

Merci pour tous vos messages, je suis heureuse de voir la réflexion de mon parcours à travers vos commentaires.

Quelques mots sur vipassana

Posted by Rachel Guimbaud | Inde | Lundi 9 février 2009 8 h 42 min

Les cours de vipassana se sont terminés samedi 7 février au matin. Je retourne dans la vie courante après 10 jours de retraite aux pieds des Himalayas.

De retour à Kankhal, Internet était inaccessible dans la ville pendant plusieurs jours. Il m’est difficile de mettre à jour le blog aussi souvent que je le souhaiterais.

J’aimerais désormais vous faire partager cette expérience vipassana. Lorsque nous goutons à l’enseignement du Dhamma (la loi de la Nature), nous ne pouvons nous empêcher de vouloir la partager : « yahipasiko » qui signifie « allez-y voir ». Cette technique est accessible à tous. J’espère vous donner l’envie de creuser un peu plus dans ce sens et d’accéder à cette technique qui libère de toute souffrance. Vous trouverez les renseignements sur le site : www.dhamma.org. En attendant, je vais tenter de vous expliquer ce que j’y ai compris au travers de ma petite expérience.

10 heures de méditation par jour et pendant 10 jours. Les stylos, les livres, les téléphones sont à déposer à la réception avant le commencement de la session. Rien ne doit distraire notre esprit. Nous serons seules face à nous même pour 10 jours. Aucune rencontre possible sinon celle avec nous-même. Nous garderons le silence pendant ces 10 jours.

J’ai vécu là une expérience impensable. J’y ai appris une très belle technique de méditation, celle qui a permis l’éveil du Bouddha Gautama il y a 26 siècles de cela.

Il n’est aucunement question de dogme, ni de quelconque rituel et encore moins de religion. Cette technique est la plus pure qu’il soit.  Pendant 10 jours nous observerons les sensations du corps, qui deviendrons de plus en plus subtiles. Nous pouvons peut-être comparer cela au fait de rester des heures devant la télé : ici le film est ce qu’il se passe en nous. Nous faisons l’expérience de nos propres sensations pour aller finalement à la rencontre de notre véritable Soi. Nous nous sommes tous demandé un jour  » Qui suis-je ? ». La réponse n’est pas loin.

Nous souffrons tous de désirs insatisfaits, d’aversions. Les désirs et les aversions sont à la source de la souffrance. Nous voulons toujours plus, sans jamais être complètement satisfait et nous multiplions ainsi nos désirs. Nous vivons la vie comme une course. Après quoi courrons-nous ? Arrêtons- nous un peu et observons.

Nous pensons réagir aux objets extérieurs ( « cette personne m’a insulté et m’a mise en colère »,  » je suis addicte à la cigarette », « cet endroit me rend triste »…). En fait, nous ne réagissons pas à ces objets extérieurs mais aux sensations produites dans notre corps à leur contact ( le coeur qui s’emballe par la colère,  la gorge qui se sert quand on est triste, les réactions biochimiques que procure la nicotine…). Or, toute sensation finit par passer. C’est l’expérience de l’impermanence. C’est l’objet de cette méditation et c’est ce que le Bouddha nous enseigne au travers de cette technique.

Si l’on comprend cette notion d’impermanence, on comprend que nous vivons dans un monde plein d’illusions. Il est alors possible de se détacher de nos sensations et de ne rien faire d’autre que de les observer sans y réagir.

Dès les premiers jours, des douleurs se font bien sûr ressentir dans le corps (les jambes, le dos, les bras…). Il n’est alors pas question d’y réagir mais de les observer, sans les juger. Ce n’est ni bon ni mal. C’est juste impermanent. Cette sensation finira par s’en aller. Il en est de même dans le quotidien. Même les bonnes choses finissent par passer. Il n’y alors aucune raison de s’y attacher. On ne ferai qu’être de plus en plus dépendant de ces bonnes choses et malheureux lorsque nous ne les satisfaisons pas. Peu à peu, avec la pratique, nous nous libérons de nos désirs et aversions et voyons la vraie nature de toute chose :  impermanente !

Durant les 10 jours, chaque méditation sera différente les unes des autres. Certaines émotions émergeront de notre inconscient, puis elles s’en iront. C’est un bon nettoyage !

Le but de vipassana est d’atteindre un état de conscience pur, l’éveil, l’illumination, le nirvana; et arrêter le cycle des renaissances. C’est la quête spirituelle de bons nombres d’indiens (comme les sadhus) et de toute autre personne engagée dans la voie spirituelle. C’est peut-être ce qui fait la magie de ce pays.

En occident, la réincarnation est vue de manière positive : « chouette, par mes bonnes actions ma vie prochaine sera meilleure que la précédente ! ».

fleur de lotus

En Orient, la réincarnation n’est pas bon signe. La vie n’est que souffrance. Si nous nous réincarnons, nous

souffrirons encore. Le but est de sortir de ce cercle de vie (samsara) pour arriver à la libération (nirvana).

Il ne s’agit évidemment pas de devenir un Bouddha en 10 jours ! C’est un travail au quotidien, le travail de toute une vie, et de plusieurs vie encore peut-être.

Yahipasiko !

Un lotus pour vous