Echanges/Réflexions

Posted by Rachel Guimbaud | Népal | Mercredi 25 mars 2009 8 h 03 min
bonjour Rachel
je ne sais pas si tu te souviens de moi, je suis en formation de CESF à l’IRTS de Parmentier et ton projet m’avais beaucoup enthousiasmé.
j’ai eu beaucoup de plaisir à te lire, ton récit me rappelle les aventuriers d’autrefois.
ton récit m’a mis ceci en tête ? pourquoi ton projet est-il orienté vers la liberté des femmes ? et quelle liberté recherches-tu pour elle ? notre notion de la liberté occidentale peut-elle s’appliquer au reste du monde ? voilà et en tout bon courage et à très bientôt
Fatima

Bonjour Fatima,
Bien sûr, je me souviens de notre rencontre. J’espère que ton mémoire avance tranquillement et surement.

Je suis contente de lire tes questions. Elles me font réfléchir. Alors je réfléchis et vais tenter d’y répondre et me permet de diffuser cet échange dans cet article du blog.

Pour la petite histoire, je suis partie sur le thème des femmes puisqu’il s’agit de la population avec laquelle je travaille actuellement. Au départ, il faut bien faire un choix de sujet. J’avais envie de voyager mais aussi de travailler sur un projet. Il m’a alors semblé plus simple de choisir le thème des femmes de par ma première approche sur le plan professionnel avec ce public et aussi pour pouvoir mieux justifier mon départ auprès des financeurs et de mon employeur .

Puis, petit a petit, les choses se décantent. Rien n’est choisi au hasard. Les femmes… Pourquoi les femmes ? C’est vrai au fait, je suis moi même une femme. Pourquoi ne pas m’examiner moi-même plutôt que d’aller si loin en rencontrer d’autres ? Simplement parce que je n’ai pas les réponses à mes propres questions. J’espère alors les trouver ailleurs, chez d’autres femmes, d’autres cultures, loin de la notre. Il est si difficile de s’établir dans la différence, c’est alors d’autant plus enrichissant sur le plan de l’expérience.

Cela m’a rappelé la démarche du mémoire de 3eme de conseiller(e) en ESF (Economie Sociale et Familiale) :
« Bon. Le point de départ est confus. Stylo, papier, on reprend du début : Quelles sont mes interrogations sur ce thème ? Quels sont les constats que je peux faire depuis ma propre expérience ?”

Alors je repars de mon expérience professionnelle. Nous sommes souvent face à des femmes qui ont trouvé le courage de quitter une situation de violence mais qui finalement y retournent ou la répètent ou encore restent au point de départ sans pouvoir avancer. Pourquoi est-il si dur pour ces femmes qui ont fuient des violences de continuer sur le chemin de l’indépendance et de la liberté ?

Je reprends alors depuis plus haut dans la succession des évènements :  « Comment arrive-t-on à se décider de quitter sa famille et remettant en question son appartenance culturelle au prix de sa liberté ? Et sur quels critères de liberté ? Comment nous vient cette envie de  fabriquer du changement, d’évoluer au travers de nouveaux codes ? Comment  fabriquer le changement ? A quel prix ? Quelles conséquences ?

Et de là, comment aider l’autre sur ce parcours de changement ? Comment se construit l’accompagnement social ? Sur quel critère? J’ai, en tant que travailleuse sociale et comme tout un chacun, une certaine vision de telle ou telle culture, de telle tradition. J’ai moi aussi une quelconque notion de la liberté et du changement, surement différente de l’autre.

Les choses se compliquent alors. En plus de vouloir aider une personne en situation de violence, en déchirement avec sa famille, avec sa culture, nous sommes confrontés à notre propre différence culturelle avec cette personne, nos propres représentations, images erronées. Qui sommes nous pour vouloir guider vers le bon chemin, si déjà nous n’avons pas une vision claire de la problématique de base et des obstacles à la relation d’aide ?

Je souris parce que je pose plus de question que je ne donne de réponses… J’en suis désolée.
Mais par l’exposition de cette longue décantation, j’espère éclairer l’objet de ma démarche. Je suis partie pour déconstruire et reconstruire, sur des bases plus propres, plus proches de la Vérité.

Pour tenter de répondre plus précisément aux questions posées plus haut, j’aurai finalement pu m’intéresser à n’importe quel autre thème. J’aurai ainsi  pu m’intéresser au racisme entre ‘’blancs et noirs” et partir en Afrique, aux inégalités hémisphère nord/sud, ou encore à l’organisation des classes sociales dans un quelconque pays. Tous les sujets sont bons dès lors qu’on se pose les bonnes questions. Et finalement, nous en venons à nous interroger sur les mêmes choses essentielles : les concepts tels que la liberté, la tolérance, la culture, l’amour.

J’ai choisi de parler de liberté à travers l’histoire des femmes dans le monde. Qu’elles soient orientales ou occidentales, cela ne définit que les critères sur laquelle la notion de liberté se base. Au fond, il s’agit d’une même liberté universelle.

Je n’ai pas non plus la volonté de les libérer de quoi que ce soit. J’observe et  je comprends.

Chacun son chemin. Certaines subissent des violences physiques sans qualifier cela de manque à leur liberté. Certaines déclarent ne subir aucune violence physique et n’ont pour autant pas la sensation d’être libre.

Je fais aussi le lien avec mon histoire personnelle puisque je suis une femme et avec une histoire de femmes issues de mes générations passées. Je décante ainsi ma propre histoire en même tant que mes rencontres avec ces femmes d’horizons lointains et grâce à des questions comme les tiennes auxquelles je tente de répondre et aussi grâce aux commentaires que je requière de chacun d’entre vous et qui me font comme  un effet miroir de cette aventure.

Merci a tous pour votre soutien et ce merveilleux partage.

L’association « Empowering Women of Nepal »

Posted by Rachel Guimbaud | Népal | Vendredi 13 mars 2009 9 h 29 min

les trois soeurs Cheetri a l'origine de l'associationLes trois soeurs Chhetri : Dicky, Nicky ans Lucky est une petite ONG crée en 1999. Cette association à pour mission de former les femmes au métier de guide de trek dans les Himalayas.

L’association accueille et forme toutes femmes en quête de formation et de liberté. L’association leur permet de devenir économiquement autonome. La rémunération de métier de guide de trek est supérieure au salaire moyen népalais.

 » Les femmes n’ont pas besoin de sympathie, elles ont besoin d’éducation et d’opportunité » explique Dicky, l’une des soeurs fondatrice.

Le trek est aujourd’hui leur seule spécialité mais l’association aspire à former en escalade et en alpinisme. Pour cela davantage de fonds  sont nécessaires pour former les étudiantes et s’équiper du matériel de montagne nécessaire.

Dicky nous a accordé une interview, ainsi qu’une des guides avant son départ en trek. Nous la recroiseront quelques jours plus tard avec un groupe de touristes suédoises sur les sentiers du parc des Annapurnas dans les Himalayas (parc ACAP).

une des guides lors de la pause dejeunertrois guides de l'association EWNune des guides sur la route du trek

Ces femmes sont incroyables par leur force physique (elles portent des charges sur-humaines pendant des heures de marches et sur des dénivelés de plus de 2000 m par jour) et leur sourire permanent. Elles sont pétillantes d’énergie et de joie de vie. Comment ne pas avoir la pêche en trek en leur compagnie ?

Cette activité ne les empêchent pas d’avoir une vie de famille. Leur mari se porte volontaire pour rester au foyer avec les enfants. J’ai même rencontré une jeune guide de 21 ans qui alternait son activité de guide avec son travail dans le restaurant de sa famille. Rien ne les arrête, toute leur énergie est stupéfiante.

Je me demande alors comment avec autant de force et de courage, la situation des népalaises peut être encore si dure ?

Dans un journal local, « the Katmandou Post » du 10 mars 2009, un article explique l’évolution progressive des droits des femmes au Népal grâce au combat de ce genre d’association et l’évolution des lois du gouvernement. Je cite :  » malheureusement, la plupart des femmes rurales au Népal ne savent toujours pas qu’elles ont des droits ni même conscience du rôle qu’elles peuvent avoir dans la société. »

On a beau être forte et courageuse, quand on ne sait pas comment ça peut se passer autrement, il est difficile de changer son positionnement. La notion de liberté est difficile à évaluer dans un contexte où les droits évoluent lentement et où les coutumes sont difficilement remises en question. Comment arrivons-nous à vouloir nous battre pour notre liberté si ce n’est en étant confronté à la différence de liberté des autres et donc aux limites de la notre ?

Les moeurs évoluent peut être plus vite dans les grandes villes et les villes touristiques parce qu’elles sont plus au contact d’autres cultures ?

A Pokhara, deuxième ville touristique du Népal,  il existe de nombreuses autres associations en faveur du travail et de l’éducation des femmes pour leur autonomie et dans diverses activités artisanales. L’une d’entre elle a accepté d’être filmé et interviewé pour nous parler de la situation des femmes au Népal et des changements qui s’opèrent depuis ces dernières années.

Christian repart sur Paris demain. Je retourne sur Katmandou pour une nouvelle session vipassana. Sur ce, je ne pourrai pas donner de nouvelle avant deux semaines.

Le travail des femmes au Népal

Posted by Rachel Guimbaud | Népal | Mercredi 11 mars 2009 12 h 55 min

une vendeuse de bouteille d'eau au bord d'un temple hindou et la clope au bec

une femme agee s'occupant du jardin de sa guest house

une cordonniere dans sa boutique

Désormais à Pokhara, la deuxième ville touristique du Népal, la ville est plus calme.

Nous sommes ici au pieds du lac, lui même aux pieds des montagnes.
Je commence à avoir une idée un peu plus claire de la position des femmes au Népal : elles travaillent dur ! Selon mes lectures et mes observations, elles travaillent vraisemblablement plus dur et plus longtemps que les hommes. Que ce soit dans la ville, dans les campagnes ou dans les montagnes, on les voit beaucoup travailler à l’extérieur ou dans leur propre commerce, sans compter le travail domestique qui ne se voit pas ! Mais où sont les hommes ? Certaines femmes expliquent :  » mon mari boit, il dort beaucoup ».

une femme dans une culture Nous partons en trek pour quelques jours en solo, Christian, moi et la caméra. Nous rencontrerons une majorité de trekkers accompagnés de guides.. hommes. Et un peu plus loin nous croiserons un  groupe encadré de femmes guides et de femmes porteuses : c’est l’association des trois soeurs Cheetri.

Guide de montagnes est un métier encore très masculinisé mais au vu du tempérament et du courage des népalaises, elles ne perdent pas de temps pour faire leur place dans la branche !

Rappelons qu’en France, les femmes représentent seulement 10% de l’ensemble des guides de haute montagne. S’il ne s’agit pas ici de guide de haute montagne mais de guide de trekking (randonneés de plusieurs jours en haute altitude), la démarche est surprenante et remarquable dans l’éventail des combats des femmes dans le monde.

Il ne s’agit pas seulement d’un commerce mais d’une réelle démarche pour rendre les femmes népalaises plus autonome et plus instruites. D’autant plus que la demande est accrue : beaucoup de femmes ont eu de mauvaises expériences auprès de guides hommes et préfèrent désormais faire confiance à des guides femmes.

Dans un environnement extraordinaire nous évoluons de village en village autour de ces montagnes géantes à plus de 8000 m au dessus de notre tête.

vu sur l'annarpurna Sud depuis le trek

Arrivée a Katmandou

Posted by Rachel Guimbaud | Népal | Mardi 10 mars 2009 17 h 11 min

offrandes au pied d'une pagode bouddhiste a Katmandou

Bien, me voila attérie au Népal, à Katmandou depuis le 1er mars 2009.

J’ai quitté l’Inde avec nostalgie mais je découvre ce pays aux multiples ethnies. Le Népal m’a l’air d’être un pays difficile à cerner. Sa situation entre l’Inde et la Chine, deux grandes puissances mondiales, son isolement géographique, la diversité de ses groupes ethniques et la multitude des langues font du Népal une mosaïque complexe de coutumes et de croyances qui rend difficile toute généralisation sur le peuple népalais. J’ai alors beaucoup de mal à me faire une idée de la situation des femmes. Je retrouve à Katmandou beaucoup de femmes indiennes. Et si elles ne sont pas de type indien, elles portent essentiellement les habits traditionnels indiens. Les jeunes femmes sont visiblement plus nombreuses qu’en Inde à s’habiller de manière moderne.

J’ai trouvé la ville peu agréable de par cette difficulté d’identification du peuple, de par l’agitation et la pollution de la ville, de par l’influence massive des touristes et l’entrée payante à chaque temple. Les vendeurs de Marie-Jeanne déambulent dans les rues et n’hésitent pas à vous accoster pour vous revendre leur marchandise. J’ai vu des jeunes locaux toxicomanes vivant dans les rues, des gamins d’une petite quinzaine d’années en transe sur le trottoir. Je ne sais pas s’il s’agit de l’influence des babas des années 70. Le soir, les cafés concert font hurler la musique rock dans les rues du quartier de Thamel.

Où est la paisible image que je me faisais du Népal ?

une pagode bouddhiste dans la ville de KatmandouJ’ai vite décidé de quitter la ville de Katmandou pour partir sur Pokhara rencontrer cette association de guide de femmes pour les treks : « Empowering Women of Nepal ».

J’ai tout de même profité de mon passage à Katmandou pour visiter ses nombreuses boutiques et agences de treks. L’offre est extraordinairement grande. Outre l’alcool et la drogue, Katmandou est aussi LA ville de départ pour les treks vers l’Himalaya.

Un guide de haute montagne a bien voulu m’accorder une interview pour me parler de son métier et de la place des femmes dans cette branche.

Ce dernier est d’ailleurs régulierement en relation avec l’association que je m’apprette à rencontrer. Ces femmes guides font parler d’elles jusqu’ici.

Mon expérience de femme en Inde

Posted by Rachel Guimbaud | Inde | Jeudi 5 mars 2009 8 h 40 min

Comment ne pas clôturer cette première partie du voyage sans parler de ma propre expérience de femme en Inde?

J’avais pris pour habitude depuis mon premier voyage en Inde de m’habiller façon locale. Je pouvais alors me fondre dans la population, je paraissais indienne. Le voyage me semblait plus simple comme cela. J’étais à l’abri de l’insistance des rabatteurs et des regards curieux des indiens dès qu’ils voient une personne occidentale, je bénéficiais parfois des tarifs locaux jusqu’à ce qu’ils entendent mon accent anglais…

RachelDeux ans et demi après, ce jeu ne marche plus. Peut être à cause de mes cheveux longs et bouclés, de mon regard de plus en plus curieux et attentif ? Malgrès mes habits indiens, je suis démasquée. Pire, je suis démasquée péjorativement comme « l’occidentale qui se la joue indienne « ! Ce que je pensais véhiculer comme une marque de respect pour leur culture n’est en fait perçu que comme une étrange intrusion : j’ai alors subi la drague incessante des hommes qui s’imaginent que je n’attends que d’essayer le kama sutra, le regards dévisageant des femmes qui s’interrogent sur ma réelle identité et davantage de surprises se manifestent lorsque je sors ma caméra. Je suis face à un conflit identitaire…. Le quotidien est plus simple à vivre pour les autres occidentales que je croise depuis mon arrivée.

Je me remets alors en question : Qui suis-je ? Pourquoi suis-je la ? Quelle attitude adopter ?

Puis j’ai trouvé : je suis française avant tout, mes origines indiennes ne doivent pas prendre les devants, je suis ici pour un travail documentaire et je n’ai pas d’autre rôle à jouer. Suite à cette désastreuse expérience des premiers jours, j’ai vite filé dans une de ces boutiques pour touristes à quelques heures de route d’ici où je me suis achetée quelques vêtements plus occidentaux (voir photo). Cette expérience a été fâcheuse mais m’a aidé à mieux assumer mon rôle de « reporter » et donc d’observatrice. Je suis désormais plus à l’aise dans l’action de mon travail et plus claire dans mon approche avec les gens.

Je reste tout de même lourdement regardée par les femmes indiennes dans la rue sans pouvoir l’expliquer. Alors je leur souris avec complicité, comme si je savais déjà qu’elles s’interrogeaient sur mon compte. Elles sourient alors a leur tour, voire rigolent et me disent boujour : « Hi ! Hi! » . J’aime alors vivre ces échanges bref de femme à femme de deux cultures différentes, finalement pas si loin les unes des autres.

J’ai aussi été inévitablement confrontée à la difficulté de s’intégrer le plus discrètement possible dans cette culture où les codes sociaux entre les hommes et les femmes sont rigides et compliqués. En tant que femme et femme occidentale, il faut être vigilante avec les amitiés que l’on peut nouer avec un homme et d’autant plus s’il est indien. On véhicule alors rapidement une image dévalorisante de femme facile. Les indiens s’imaginent qu’une relation, bien qu’amicale, entre un homme et une femme est inévitablement sexuelle. Il est aussi de notre responsabilité de ne pas  véhiculer  une image de la femme occidentale si souvent dénudée dans les médias, seul lien avec l’occident.  Heureusement que mon projet s’intéresse aux femmes, j’aurais eu de nombreux problèmes à enquêter auprès des hommes ! Du coup, j’apprends à être moins naïve et plus attentive aux moeurs jusqu’à trouver un juste équilibre dans ma manière d’approcher les gens sans me faire du tord par les « on-dit » des villageois, car bien sûr je sollicite aussi les hommes pour enrichir ce projet sur les femmes.

Le système de castes est bien sûr un facteur qu’il faut prendre en compte pour bien comprendre la société indienne. Les étrangers sont considérés comme des « hors castes ». J’ai de ce fait rencontré des personnes qui refusaient de me toucher de part mon statut inférieur au leur. Inversement, les caste inférieures, dont les « intouchables » s’amusent souvent à pouvoir nous toucher.

Les femmes et la spiritualité

Posted by Rachel Guimbaud | Inde | Lundi 2 mars 2009 15 h 31 min

femme qui prie

Pour étudier la question de la place des femmes dans la spiritualité, je me suis arrêtée dans certains des sites les plus sacrés en Inde : Hardwar, Rishikesh, Varanasi. J’y ai visité des églises chrétiennes, des temples hindous, des mosquées, des temples bouddhistes, des temples jains, des temples sicks.

C’est incroyable de voir autant de religions s’exprimer dans une même ville. La mixité est une vraie richesse. On peut alors puiser dans cette atmosphère le tronc commun de toutes les religions : l’Amour, la joie, le partage. La cohabitation est parfois compliquée mais cet aspect reste discret sous nos yeux d’étranger. J’ai tout de même vu des musulmans se faire interdire l’entrée d’un temple hindou, j’ai vu l’inverse aussi. Certaines personnes m’ont vante les qualités de leur communauté à l’encontre des autres. J’ai eu peine à écouter ces discours qui dénigrent les autres religions en faveur d’une autre, balayant ainsi mes impressions d’harmonie dans cette mixité religieuse.

Les femmes indiennes sont présentent sur tous ces sites sacrés, dans les séminaires, les retraites spirituelles aussi. Elles sont parfois même plus nombreuses que les hommes. J’ai rencontré des gourous (maitre spirituel) hommes mais il existe aussi des gourous femmes comme Ma Ananda Mayee ou Amritananda Mayee(Amma). Toutefois, si les femmes indiennes sont toutes aussi présentent dans les temples que les hommes, elles sont moins présentent dans les ashrams ou l’on y séjourne quelques semaines pour une pratique intense de la spiritualité (méditations, prières). On y trouve plus particulièrement des femmes occidentales. Pourquoi ne prennent-elles pas ce temps ?

une mere de famille avec ses enfants

Les femmes indiennes ont une approche différente de la spiritualité.

Les femmes sont considérées comme des vierges puis des mères. Elles rendent grâce à Dieu en s’adonnant à leur famille, en lui offrant tout leur Amour, c’est une pratique de la spiritualité au quotidien. Elles n’ont pas besoin d’être swami (moine) pour avoir une vie spirituelle. Elles honorent leur mari comme elles honorent Dieu. Une jeune indienne m’a dit :  » husband is like God » (le mari est comme Dieu).

Tout de même, notons une difficulté d’intégration pour les femmes religieuses. Les femmes brahmanes sont  en effet peu nombreuses à pouvoir animer elles-mêmes les pujas (prière dans les temples). Ma Ananda Mayee, en tant que Femme Sainte, a permis à certaines femmes brahmanes d’animer les pujas, ce qui déjà fut révolutionnaire dans le système indien traditionnel. Ma n’était pas une femme révolutionnaire. Elle a été elle-même mariée comme la tradition le voulait et à l’age de 13 ans. Elle a fait bouger les traditions par la simple manifestation du Divin dans un corps de femme, souvent si diabolisée.

J’ai entendu plusieurs fois cette histoire de Jésus face à une femme accusée d’adultère (dans les évangiles, chapitre 8 – Jésus et la femme adultère par Jean), la voici résumée :

« – Maître, cette femme a été surprise en flagrant délit d’adultère. Moïse, dans la loi, nous a ordonné de lapider de telles femmes : toi donc, que dis-tu ? »

Ils disaient cela pour l’éprouver, afin de pouvoir l’accuser. Mais Jésus leur dit :

« – Que celui de vous qui est sans péchés jette le premier la pierre contre elle. »

Quand ils entendirent cela, accusés par leur conscience, ils se retirèrent un à un, depuis les plus âgés jusqu’aux derniers…

Finalement à quoi rime cette différence de sexe ? De même que cette différence entre les religions ? A quoi bon condamner la différence ? Les différences n’existent-elles pas sous et par nos simples yeux, nos petites représentations illusoires, reflets de notre ignorance ?

Mon voyage en Inde s’achève. Je conclus ma recherche sur une dimension du féminin et du masculin bien plus subtile. Je fais alors le lien avec mon expérience de vipassana. J’ai alors dit que rien n’est cause extérieure. Tout se manifeste de notre intérieur. Je me demande alors s’il n’est pas de même pour le féminin et le masculin ?

Mes entretiens auprès de Jacques Vigne, psychiatre français vivant en Inde, et aupreè d’autres personnes déjà engagées dans la voie spirituelle, m’ont permis de creuser dans cette réflexion. Le contenu des interviews filmées expliquent les deux énergies dont nous sommes tous individuellement constitués : le féminin et le masculin, le ying et le yang. La non-conscience, la non-maitrise de ces deux énergies dans notre être expliquent certainement le déséquilibre de la relation entre les deux sexes dans le couple et plus largement dans la société.

Ne recherche-t-on pas notre moitié pour arriver à un équilibre ? On cherche la dualité pour arriver à la non-dualité, l’Unité grâce à cet équilibre. C’est le but de la spiritualité : trouver l’état de plénitude (appelé le vide chez les bouddhistes).

L’Inde est peut-être le meilleur terrain pour explorer cette question du genre, du féminin et des traditions.

Je suis déjà nostalgique de quitter ce si…. si ….. ce pays. Il n’y a pas de mots pour le qualifier.

J’y suis surement sensible du fait de mes origines. Mon grand-père maternel est indien. Je reviens d’ailleurs en Inde avant la fin de l’année avec ma mère. Ce sera alors un nouveau voyage, une nouvelle découverte, dans la continuité de celui-ci. La spiritualité, l’Inde, les femmes, les traditions, tout cela me ramène à mon histoire de vie et celles de mes ancètres. Je comprends le sens de ce parcours et de cette recherche. Venir en Inde avec ma mère est la meilleure idée que nous ayons jamais eu et c’est probablement le meilleur moment pour cela.

Je prends l’avion pour Katmandou. Ma recherche se poursuit au Népal : les femmes et la montagne.

Merci à tous et toutes qui m’ont éclairé tout au long de mon périple en Inde.